Claude Vivier : chants de la mort et des étoiles

Le 7 mars 1983 Claude Vivier était assassiné à Paris, à 34 ans. Fin tragique d'un compositeur aussi prometteur qu'accompli, sorte de Pasolini de la musique contemporaine. Pleine de fulgurances et de délicatesse, à la fois cosmique et confidente, son oeuvre voyage entre visions célestes et pressentiment de la mort.

portrait en noir et blanc

Information

Mouvement social du jeudi 5 novembre

En raison d’un mouvement social annoncé pour le jeudi 5 novembre, les services des bibliothèques sont susceptibles d'être perturbés. 

Pour connaître les conséquences sur les ouvertures et les services, merci de consulter cette page le jour même. 

Claude Vivier nait en 1948, à Montréal. Elève de Stockhausen, il forge auprès de lui sa science des harmonies vocales planantes. Il conforte aussi son désir que la musique puisse être le véhicule du sentiment océanique, le moyen de la réparation et de l’apaisement de l’être déchiré dans un accord céleste, une harmonie supérieure.

Un goût des lointains merveilleux, qui transparaît déjà dans les odyssées orchestrales puissantes et imagées de Siddharta, ou Orion.

…”je franchirai serein le seuil de la terreur”…

Mais il faut pour comprendre rentrer un peu dans le détail de sa vie et de son oeuvre. 
L’une et l’autre semblent intimement, fatalement liées, et de façon transparente dans ses oeuvres vocales. Claude Vivier est né de la perte et de l’abandon (il était orphelin). Il s’est construit dans une quête, une synthèse créatrice jamais résolue entre les élans mystiques (il fut séminariste), et ceux de la chair (il fut assassiné chez lui par un tueur en série, plan SM d’un soir).
Près de son cadavre, une partition inachevée, bouleversante, récit d’un rêve que Vivier fit de son meurtre.

 

Au fil d’une vie courte mais d’une créativité continue (une cinquantaine d’oeuvres sur une dizaine d’années), il entreprend un dialogue avec la mort. Non par goût morbide, mais parce que la mort est peut-être pour Vivier la seule voie de retour à l’enfance volée, la voix de la réconciliation dans le sein, à la source. A son appel la peur effleure parfois, mais l’espérance est plus forte.

Nos yeux discerneront les univers subtils
C’est vrai que là-bas les palais sont de cristal plus précieux
que le sourire des étoiles le soir de juin ?
Est-ce vrai que les rues sont pavées de matières plus subtiles que les aurores boréales?
Que je pourrai boire la lumière?
Nos mains toucheront les couleurs merveilleuses
Que la fée Carabosse y a son château de porphyre?
Que ses laquais ont la douceur du saphyre ?

 

La plupart des textes de ses pièces pour choeur sont de sa main. Ils mélangent les langues et les registres, profanes et sacré, les comptines et personnages de contes avec des sources liturgiques ou littéraires, les vers et les onomatopées.. Une spontanéité à la fois érudite et naïve, une ferveur qui voisine simplement avec le jeu et le théâtre.

Chants de l’enfance perdue, et retrouvée

 

L’album Chants.. regroupe une sélection de pièces pour choeur, avec accompagnement de percussions.

La pièce du même titre se présente comme un rituel dédié à l’enfance. (« Oui j’ai déjà imaginé une musique d’éternel — ces chants pour sept voix de femmes, un poème à ma mère. ») Une nuée agile de voix de femmes carillonne et tintinnabule. Les mélodies oscillent et planent, parfois se précipitent comme une volée d’oiseaux… L’influence du célèbre Stimmung de Stockhausen semble ici palpable..

 

Les Love songs sont plein de chuintements, murmures et caresses.. Et d’humour ! piaillant, riant, tonitruant, sifflant.. Courtois et gaillards, éthérés ou grotesques, raffinés ou archaïques, les amoureux de Vivier font théâtre.. Un cycle qui n’aurait pas déplu à Ligeti, qui qualifiait Vivier de « compositeur génial. »

 

 

Le grand-oeuvre de l’album, c’est ce Journal, oeuvre à nu, si personnelle et émouvante. Enfance, Amour, Mort, Après la mort, sont les 4 chapitres de cette odyssée, qui amène les jeux de l’enfance et les émois des temps amoureux dans une procession vers la mort. Dit comme ça, c’est funèbre, implacable. Mais cette ascension céleste sonne comme une extase douce et confiante, une émerveillement candide. Les rêves, fantaisies et jeux des âges de la vie s’épanouissent dans la mort comme dans un chant d’amour et d’étoiles, ponctué de cloches claires et de gongs sourds.

 

« Comme c’est étrange. Malgré tout ce que je t’ai dit sur l’adulte que j’étais devenu, la seule voix qui perce en moi, c’est celle de l’enfant qui parle doucement aux anges le soir ! Tout autour de moi, c’est le silence. »

Ecrits, de Claude Vivier