Mai 68 à Lyon
Depuis quelques années, les recherches historiques ont montré la diversité du mouvement socio-politique qui a bouleversé la société française en Mai 68. L’exemple lyonnais permet de déconstruire l’idée reçue d’un mouvement culturel hédoniste d’où serait absente la violence.
En effet, c’est à Lyon qu’est tombé le premier mort de Mai 68 : dans la nuit du 24 mai, le commissaire Lacroix a été écrasé par un camion chargé venu des rangs des manifestants. Cette date représente le début d’un retournement de l’opinion publique en faveur de l’ordre.
Les étudiants lyonnais s’étaient précocement manifestés dès le 6 mai, avec un cortège des étudiants de l’INSA depuis le campus de la Doua vers la Faculté des Lettres sur les quais du Rhône : manifestation de soutien aux étudiants parisiens, mais également revendications spécifiques. Dès 1967, au cours de grèves à la Rhodiaceta des étudiants avaient rejoint les ouvriers en grève et avaient même participé avec eux à un défilé jusqu’au centre-ville. Le 13 mai 1968, lors de la grève générale, plusieurs centaines d’étudiants font le chemin inverse et se retrouvent devant les portes de la Rhodia à Vaise. C’est également près de Lyon, le 16 mai, dans la gare de Givors-Badan, qu’un mouvement en faveur de deux jeunes intérimaires licenciés inaugure la grève qui se généralise à la SNCF, puis dans les entreprises. Il convient aussi de déconstruire l’appellation habituelle “Mai 68” et de tenir compte des événements marquants qui se déroulent en juin.
Michelle Zancarini-Fournel
Les étudiants et les lycéens
Contrairement à Paris et à d’autres villes universitaires, les Facultés lyonnaises sont toujours restées ouvertes au cours du mois de mai : débats, discussions dans les cours et dans les amphithéâtres démarrent très précocement – dès le 6 mai sur le campus de la Doua, à l’école d’ingénieurs de l’INSA – et s’étendent à la Faculté de Lettres à partir du lendemain. Seuls les étudiants en Droit et en Sciences économiques dénoncent « une grève politique » et refusent de participer aux manifestations. Le 7 mai, un cortège de 1 500 étudiants part de La Doua, rejoint les étudiants de Lettres et se dirige par la place Bellecour et la rue de la République vers la place des Terreaux, tout en lançant au passage des slogans hostiles au Progrès. À l'issue de cette journée, les enseignants de Sciences du SNE-Sup se solidarisent avec les étudiants. D’autres manifestations ont lieu le 9 mai et le 11 mai.
Les lycéens suivent le mouvement étudiant, et c’est le 13 mai que se produit l’action la plus spectaculaire : l’envahissement du lycée du Parc, où se déroulaient les épreuves du concours d’entrée à Polytechnique. Les lycéens rédigent des cahiers de doléances et revendiquent un desserrement de l’autorité des proviseurs. Lycéens et étudiants participent au cortège du 13 mai et rejoignent les ouvriers, prolongeant même la manifestation jusqu’à la Rhodiaceta. Jusqu’au 24 mai, les discussions enfiévrées se déroulent dans les Facultés occupées qui se couvrent de graffiti.
La presse, l’ORTF, la radio
L’information joue un rôle fondamental au cours des mois de mai-juin 1968, car elle influe sur les réactions de l’opinion publique. À Lyon, la presse écrite concentre l’action des jeunes contestataires et des grévistes. Dès les premières manifestations étudiantes (le 9 mai en particulier), l’information diffusée par la presse régionale (Le Progrès) est mise en cause aux cris de « Journalistes menteurs ! » : photographies du jour arrachées, estafettes du journal renversées, les premières violences s’exercent contre la presse.
La grève des ouvriers du Livre conduit à l’interruption de la presse régionale du 21 mai au 7 juin, ce qui accentue l’atmosphère pesante qui règne après la mort du commissaire Lacroix (24 mai). La CFDT (avec les étudiants de l’UNEF et le PSU) diffuse alors un quotidien tiré à 20 000 exemplaires – Le Journal du Rhône – devenu hebdomadaire du 8 au 27 juin ; il donne des nouvelles des quartiers lyonnais et, en particulier, des débats qui se déroulent dans les Maisons des Jeunes et de la Culture de l’agglomération. La CGT refuse d’y participer, ce qui divise la gauche. Une information parallèle circule par ailleurs avec les nombreux tracts et feuilles politiques des différents mouvements et partis.
Des émeutes jusqu’à la mort du commissaire Lacroix
Le premier mort de Mai est lyonnais et du côté des forces de l’ordre : le commissaire René Lacroix, qui commandait les forces de l’ordre sur le pont Lafayette, est renversé par un camion chargé de pierres venu des rangs des manifestants. La soirée avait été assez violente entre construction de barricades (devant les halles des Cordeliers, devant les Galeries Lafayette et rue Vendôme) et charges des CRS. La violence des manifestations de rue n'est plus seulement parisienne. L'opinion lyonnaise bascule alors du côté de l'ordre et dépose des fleurs à l’endroit où est mort le commissaire.
La tension monte dans la ville. Le Préfet invite les commerçants à baisser leurs rideaux après avoir fait effectuer des rafles dans le quartier de la Guillotière (où vivaient de nombreux Algériens) et des perquisitions dans les milieux étudiants. Le mardi 28 mai ont lieu les funérailles du commissaire. Un cortège composé de personnalités et de nombreux Lyonnais se rend de la préfecture à l'église Saint-Bonaventure, place des Cordeliers. Ce rassemblement sur la voie publique d'une population hostile au mouvement fut le premier à Lyon : ainsi se manifestait ce que l’on a nommé plus tard « la majorité silencieuse ».
La manifestation gaulliste du 31 mai
Après le discours du Général de Gaulle annonçant des élections et après la grande manifestation parisienne à l’Arc de Triomphe de la veille, la manifestation lyonnaise rassemble le 31 mai, à l’appel du Comité d’Action civique du Rhône, 70 000 personnes qui défilent dans une forêt de drapeaux tricolores, de la place Bellecour en passant par la place des Terreaux jusqu’au pont Lafayette. Les slogans sont « Vive de Gaulle », « Mitterrand, c'est raté », « Waldeck à Moscou » (de Gaulle avait dénoncé le PCF comme parti totalitaire, et c’est son secrétaire général, Waldeck-Rochet, qui était conspué), « Cohn-Bendit à Pékin » ; on réclame la « Liberté du travail ». Du balcon de l'Hôtel de Ville, le maire, Louis Pradel, salue les manifestants. En tête du défilé, les députés UNR, ceints de leur écharpe tricolore, entourent le ministre et député du Rhône Louis Joxe. Au moment de la dispersion quelques centaines d'étudiants tentent de contre-manifester avec des drapeaux rouges. Des heurts se produisent et les drapeaux sont confisqués.
Nuit du 3 au 4 juin : les Facultés prises d’assaut
Début juin, la tension qui régnait à Lyon atteint aussi les Facultés. L'ensemble des examens avait été reporté, sauf en Droit. Au cours de la nuit du 3 au 4 juin, des étudiants d’extrême-gauche occupent les locaux de la Faculté de Droit (jusqu’à 13h) pour empêcher les étudiants d’accéder aux salles d’examens le lendemain. Des affrontements ont alors lieu entre les étudiants désireux de passer leurs examens et les occupants. Le doyen de la Faculté de Droit doit reporter les examens en septembre.
Le soir, des étudiants en Droit, aidés de membres du groupuscule d'extrême-droite Occident et des comités d'action civique, essayent d’occuper la Faculté de Lettres. Des barricades de défense avaient été dressées à l'aide de portes, de tables et de chaises. L'affrontement tourne à la bataille rangée avec pierres et cocktails Molotov ; mais les assaillants sont repoussés. Vers 21 heures, les forces de l'ordre interviennent pour séparer les combattants.
C’est alors que se produit le maximum des dégradations qui ont été constatées dans la Faculté malgré la vigilance des professeurs et de l’ensemble du personnel venus sauvegarder les moyens de travail, en particulier la bibliothèque. Sont mis en cause des « éléments troubles », « la pègre », selon les déclarations officielles, des « trimards », des jeunes qui occupaient la Faculté depuis le début des événements.
Grèves dans les usines de la région lyonnaise
Les grévistes de la Rhodiaceta en décembre 1967 avaient avancé des revendications et des modes d’action, repris ensuite en 1968 et au-delà : les OS avaient revendiqué la baisse des cadences – « des hommes pas des robots ». Des étudiants s’étaient joints aux ouvriers. En mai 68, la grève de la SNCF démarre le 16, du poste de triage de Givors-Badan, au sud de Lyon, en riposte au licenciement de deux jeunes intérimaires. Dès le 20 mai, les usines Berliet, Rhodiaceta, Richard-Continental, Brandt, Paris-Rhône sont occupées par les ouvriers. L’anagramme de LIBERTÉ surplombant la porte E de l’usine Berliet-Vénissieux est devenu emblématique du mouvement gréviste, en oubliant qu’il s’agissait d’une réminiscence de la Libération en 1944.
Les théâtres, les banques, les grands magasins sont occupés par leurs salariés.
Des incidents graves ont lieu début juin après le discours du Général de Gaulle : une déléguée CGT de l’usine Scandale de la Croix-Rousse a le bassin fracturé par la voiture du patron qui a forcé le piquet de grève ; grévistes et non grévistes de Berliet – des cadres essentiellement – s’affrontent devant l’usine de la rue Feuillat. La situation est tendue dans la métallurgie où la grève perdure jusqu’à la mi-juin.
Paris-Rhône
La Compagnie industrielle de Paris et du Rhône, future Paris-Rhône, naît en 1915 et devient le premier producteur français de démarreurs, dynamos, alternateurs et accessoires électriques. Dans les années 1950, le groupe s’intéresse à l’électroménager en devenant le premier producteur français d’aspirateurs, cireuses et moulins à café. A la fin de 1975, Paris-Rhône, seconde entreprise du Rhône, compte environ 3 800 salariés dont 1 500 femmes.
La Rhodiaceta
Fondée en 1922 par les Usines du Rhône, la société Rhodiaceta, spécialisée dans la filature d’acétate de cellulose et de polyamide (nylon), est répartie sur quatre lieux de production : au Péage-de-Roussillon (Isère), à Saint-Fons (Belle-Etoile), à Lyon-Vaise et à Besançon. En 1966, elle emploie au total 14 000 personnes dont 30% de femmes.
En février et mars 1967, par solidarité avec la Rhodiaceta de Besançon, les usines de la région lyonnaise se mettent en grève. Les manifestations se succèdent tout au long du mois de décembre.
Le 17 mai 1968, la Rhodia est occupée par les ouvriers qui ne reprendront le travail que le 11 juin.
Les usines de Villeurbanne
Partie le 17 mai de l’entreprise Richard-Continental à Villeurbanne (1 700 ouvriers), le mouvement de grève va progressivement s’étendre à de nombreuses entreprises de cette commune. Gendron, Delle, Gervais-Schindler, Gallet & Cie, etc. suivent ce mouvement.
Berliet
L’activité des usines Berliet de Vénissieux est suspendue une première fois en mars 1967. Les grèves de mai-juin 1968 dureront 6 semaines ; elles s’accompagnent de l’occupation de quelques sites par les ouvriers.
Les théâtres
Pour les théâtres lyonnais, la chronologie nationale est décalée : le 13 mai est la date, prévue depuis longtemps, de l’inauguration du Théâtre du Huitième, et le 24 mai, celle de l’adoption d’un manifeste sur l’organisation du théâtre en France. Les États généraux de la Culture réunissent au Théâtre de la Cité de Villeurbanne, du 21 mai au 11 juin, autour de Roger Planchon et de Francis Jeanson, les directeurs des Centres dramatiques et des Maisons de la culture. Le « Manifeste de Villeurbanne », adopté le 24 mai, est un texte autocritique et de prise de conscience qui met au centre de la réflexion le concept du « non-public » – les exclus de la culture –, qui signale un déficit démocratique de l'action culturelle. La déclaration contient aussi une plate-forme revendicatrice et réformiste sur le statut des établissements culturels, qui doivent être dégagés de la double tutelle de l'État et des municipalités et qui demandent, classiquement, des moyens supplémentaires. À Villeurbanne, Roger Planchon organise, après le 1er juin, « le retour au réalisme » en proposant une négociation collective avec le ministère qui a lieu, avec André Malraux lui- même, le 22 juin : Planchon défend vigoureusement les intérêts de la profession contre les pouvoirs locaux.
L’école des Beaux-Arts
Dès le 10 mai, l’école des Beaux-Arts est occupée par les étudiants de la section Architecture à laquelle se joignent dans la journée les autres sections. L’entrée des bâtiments est décorée de banderoles monumentales évoquant les revendications. Les plâtres antiques sont peints, comme ils l’étaient autrefois. Le comité de grève assure la gestion de l’école. Il met en place des commissions de réflexion sur l’art, l’architecture et la pédagogie. Est organisé un atelier reproduisant les affiches parisiennes, en inventant d’autres, notamment pour Berliet et Rhône-Poulenc. Sont invités des artistes contemporains, lesquels n’avaient jamais été reçus par l’école. Une AG permanente siège dans l’amphithéâtre où des architectes de la France entière viennent fonder l’association pour la Démocratisation de l’architecture et de l’urbanisme. L’école des Beaux-Arts est la première occupée par les CRS. Les étudiants architectes du comité de grève suivis par le directeur de la section Architecture se retrouvent en un lieu secret pour continuer la réflexion et préparer la fondation de la nouvelle école d’architecture. Jacques Rey, architecte.
La reprise
La reprise s’est faite avec difficulté dans un certain nombre d’entreprises. Les conflits et incidents entre grévistes et non-grévistes se multiplient en juin. Aux usines Berliet, le 7 juin, les négociations sont rompues sur décision de la direction. Cependant, à la Rhodiaceta, les ouvriers reprennent le travail le 10 juin, date du début de la campagne électorale pour les législatives. Les travailleurs ont obtenu des augmentations significatives et le paiement à 50% des jours de grève ; les syndicats bénéficient d’un réel statut au sein de l'entreprise, avec des heures attribuées aux délégués syndicaux et un statut protégé. C’est seulement le 19 juin que les ouvriers de Berliet, fortement divisés, votent à une courte majorité la reprise.
La petite bibliothèque du militant
Guy Fossat a été étudiant à Lyon de 1963 à 1968, d'abord en classe prépa à la Martinière, puis à la fac des lettres en IPES (Histoire-Géographie). Pendant toute cette période, il n'a pas cessé de militer à l'UNEF, soit comme membre de différentes commissions, soit comme membre du Bureau de l'AGEL (au début sur les questions sociales, ensuite sur les relations internationales). En octobre 2007, il a fait don à la Bibliothèque de documents collectés durant sa vie militante. Les documents montrés dans l'une des vitrines de cette exposition proviennent en partie de ce don.
Chronologie des événements
En 1967, la situation sociale à Lyon est tendue. Si l’on excepte la période estivale, plusieurs usines se mettent en grève dès cette année-là avec des revendications portant sur la sécurité de l’emploi, les salaires, les conditions de travail : chez Berliet en mars, à la Rhodiaceta – à Lyon comme à Besançon – en février, mars et décembre.
La situation est similaire du côté des Facultés. Dès le 16 novembre 1967, plusieurs dizaines d’étudiants sont arrêtés lors d’une manifestation interdite, organisée dans le centre de la ville par les organisations politiques et syndicales (CFDT, PSU, AGEL) qui tentent de dénoncer l’intervention américaine au Vietnam. Quelques mois plus tard, le 8 février 1968, une autre manifestation se tient devant le Rectorat au moment même où Jacques Chirac, ministre d’Etat à l’Emploi, en visite à Lyon, vient confirmer des aides spécifiques de l’Etat aux industries de pointe et la création d’une Agence nationale pour l’Emploi dans le Rhône, la Loire, l’Ain et l’Isère. Enfin le 14 mars, une manifestation qui réunit 500 personnes est organisée par la Fédération des résidences universitaires de l’UNEF et de l’AGEL. Elle aboutit à la fin du mois à plusieurs protestations contre la « ségrégation sexuelle » et la distinction entre « majeur » et « mineur » (la majorité civile est alors de 21 ans) au sein des résidences universitaires.
1er mai
Importante manifestation à l’appel de la CGT, de la FEN et de l’AGEL. Depuis 14 ans, défiler le 1er mai était interdit dans la capitale.
3 mai (date de la chronologie parisienne et nationale)
Evacuation par la police de la Sorbonne occupée. Violents incidents dans le Quartier latin. Plus de 100 blessés et 596 arrestations.
6 mai
Un appel à la grève lancé la veille est suivi à 80% à l’INSA, à la Faculté des Sciences et à la Faculté des Lettres de Lyon.
Grève des techniciens aux PTT.
7 mai
Par solidarité avec le « Mouvement de Nanterre », environ 3 000 étudiants lyonnais manifestent entre 16 et 19 heures de l’INSA au centre-ville.
8 mai
Nouvelle journée de grève aux PTT (préposés, tri et bureaux de poste). La grève étudiante se poursuit, sauf à la Faculté de Droit. Le SNE-Sup appelle les enseignants à la grève.
8 au 10 mai
Série de manifestations étudiantes. On commence à voir apparaître de jeunes lycéens. Le 9 mai, des groupes isolés s’en prennent au hall du journal Le Progrès. Le 10, la Faculté des Lettres est occupée.
10 mai (date de la chronologie parisienne et nationale)
Nuit des Barricades au Quartier latin. 60 barricades. Plus de 1 000 blessés.
11 mai
Une manifestation étudiante d’un millier de personnes passe pour la première fois aux abords de la préfecture.
De nombreux lieux à Lyon commencent à être rebaptisés : le lycée national du Parc devient le « lycée national de la révolte » et le quai Claude-Bernard se transforme en quai « Cohn-Bendit ». A la Faculté des Lettres, l’amphithéâtre Edgar-Quinet prend le nom de « Che Guevara ». D’autres amphithéâtres sont également renommés des noms de Fidel Castro, Mao Tsé-toung ou Rudi Dutschke.
12 mai
Vers 22 heures, un groupe d’étudiants ayant la volonté de diffuser un communiqué en Une du Progrès et du Dauphiné libéré réussit à perturber l’imprimerie de Chassieu et la parution des quotidiens.
13 mai (date de la chronologie parisienne et nationale)
Grève nationale et générale. Entre 35 000 et 60 000 personnes (étudiants, enseignants, travailleurs) défilent de la Bourse du Travail à la place des Terreaux. C’est la plus importante démonstration de l’après-guerre.
13 mai
Défilés d’étudiants, lycéens et travailleurs dans toute la France. Occupation de la Sorbonne.
Les étudiants envahissent le Festival de Cannes.
14 mai (date de la chronologie parisienne et nationale)
Occupation de l’usine Sud-Aviation à Nantes.
14 mai
2 000 jeunes des collèges techniques et lycées lyonnais manifestent à leur tour de la place Gabriel-Péri à la rue de la République. Ils poursuivent jusqu’au lycée Ampère et à l’Inspection académique.
Inauguration du Théâtre du Huitième par Louis Pradel.
15 mai
Les premiers examens universitaires devant avoir lieu à partir du 20 mai, les étudiants de la Faculté des Lettres décident de ne pas les passer. En Psychologie, le boycott est adopté, en Histoire, le report est accepté à l’unanimité, tout comme en Géographie, en Anglais, Philosophie, Allemand et Espagnol. Le lendemain, les étudiants en Médecine votent également un report de la date des examens.
15 mai (date de la chronologie parisienne et nationale)
Occupation de Renault à Cléon. Occupation de l’Odéon.
16 et 17 mai (date de la chronologie parisienne et nationale)
Multiplication des grèves et des occupations d’usines (dont Renault Billancourt). Perturbations du trafic aérien, perturbations à la SNCF, à la RATP.
19 mai
Les TCL – Transports en Commun Lyonnais – s’associent à la grève illimitée qui touche de nombreuses entreprises de la région. La grève est suivie à partir du 21 mai par les cars Citroën et partiellement par les cars Philibert.
Occupation de la Faculté de Médecine.
19 mai (date de la chronologie parisienne et nationale)
De Gaulle à l’Elysée : « La réforme oui, la chienlit non. » Fermeture du Festival de Cannes.
20 mai
Berliet, Rhodiaceta, Richard-Continental, SNAV, SNCF, Teppaz, Pelle, Brandt, Paris-Rhône, Seguin, Durschmitd, Uginor, Camping-Gaz sont les principales entreprises occupées par les ouvriers. Les services municipaux – égouts, service des eaux, Bureau d’hygiène, buanderie, etc. – sont également en grève.
20 mai (date de la chronologie parisienne et nationale)
Effervescence à l’ORTF. 7 millions de travailleurs en grève.
21 mai
L’Entreprise de presse n° 1 (EP1) et les ouvriers du Livre sont en grève. Jusqu’au 7 juin, la grève rend impossible la publication de nombreux quotidiens, notamment du Progrès de Lyon, de L'Echo-La Liberté, du Dauphiné libéré et de Dernière Heure lyonnaise. Seule La Voix du Lyonnais, supplément régional de l’Humanité, paraît encore quotidiennement sous le titre provisoire de La Voix du Rhône, bientôt suivi à partir du 24 mai par un nouveau quotidien, Le Journal du Rhône.
Même situation dans les studios et les émetteurs-radio et TV de l’ORTF qui ne diffusent plus que trois journaux parlés et un journal télévisé régional chaque jour, à l’exclusion de tout autre programme.
Etats généraux de la Culture au Théâtre de la Cité à Villeurbanne (jusqu’au 11 juin).
La raffinerie de Feyzin cesse ses activités. Le port Edouard-Hérriot est bloqué. La Sécurité sociale et les PTT sont en grève.
22 mai
Les Hospices civils de Lyon et le Centre de Chèques postaux sont à leur tour touchés.
Fermeture des grands magasins : Galeries Lafayette, Grand Bazar, Carrefour (Vénissieux), Nouvelles Galeries (Bron), Prisunic.
22 mai (date de la chronologie parisienne et nationale)
Motion de censure de la gauche repoussée à l’Assemblée nationale. Le Parlement vote une loi d’amnistie par rapport aux actes commis à l’occasion des manifestations étudiantes.
Les Confédérations ouvrières sont prêtes à négocier avec le patronat et le gouvernement.
Expulsion de Cohn-Bendit.
23 mai
400 étudiants manifestent dans le quartier de Vaise et se rendent devant les portes de l’usine occupée de la Rhodiaceta.
Vers 23 heures, un demi-millier de jeunes gens, parmi lesquels de nombreux étudiants venus des Facultés qu’ils occupent, se dirigent vers la préfecture. La manifestation se termine dans le calme vers 2 heures du matin.
Le Théâtre de la Cité est occupé par le personnel.
24 mai
Plus de trente directeurs de Centres dramatiques réunis à Villeurbanne rédigent un manifeste pour remettre en cause leur fonction et leur rôle.
Parallèlement, vers 15 heures, le personnel de l’Opéra de Lyon et celui du Théâtre des Célestins décident une grève immédiate avec occupation des lieux de travail pour une durée illimitée.
Dans l’après-midi, l’UNEF organise une grande manifestation de Bellecour aux Terreaux qui se déroule dans un premier temps sans incidents. En fin de parcours, quelques manifestants débordent le service d’ordre. Une lutte s’engage, d’abord sur la rive gauche du Rhône, dans le quartier de la préfecture, rue Vendôme et cours Lafayette, puis dans le quartier des Cordeliers. Les affrontements se poursuivent jusque tard dans la nuit.
Vers 23h40, un camion chargé de pierres est lancé par les émeutiers contre les forces de l’ordre. Un commissaire de police, René Lacroix, est mortellement blessé sur le pont Lafayette.
Les affrontements avec les forces de l’ordre dans la nuit du 24 au 25 mai donnent lieu à près de 200 arrestations. Une quarantaine de personnes est hospitalisée.
Les émeutes connaîtront également des suites judiciaires : deux jeunes gens, Michel Raton, ouvrier agricole de 19 ans, et Marcel Munch sont inculpés d’homicide volontaire sur la personne du commissaire René Lacroix (ils ne seront jugés qu’en septembre 1970, puis acquittés). Douze autres personnes sont déférées au Parquet.
24 mai (date de la chronologie parisienne et nationale)
De Gaulle annonce un référendum sur la participation.
Emeutes à Paris.
Création des Comités de Défense de la République (CDR), gaullistes.
27 mai (date de la chronologie parisienne et nationale)
Grenelle : Protocole d’accord entre les syndicats, le patronat et le gouvernement.
Meeting de Charléty.
28 mai
En l’absence de presse, En Bref Lyon, journal du Cercle Tocqueville de Lyon, passe, le temps de cinq numéros, d’une parution bimensuelle à une parution bi-hebdomadaire. Le journal modifie également son format pour devenir une grande feuille recto-verso vendue sur la voie publique au prix de 50 centimes.
Le commissaire René Lacroix est cité à l’Ordre de la Nation et une cérémonie officielle a lieu à la préfecture du Rhône. Ses obsèques se déroulent en début d’après-midi à l’église Saint-Bonaventure dans le quartier des Cordeliers.
Un appel au calme est lancé par Louis Pradel, maire de Lyon.
29 mai
Une grande manifestation unitaire, organisée par l’ensemble des syndicats ouvriers et l’UNEF, rassemble 80 000 personnes. Elles défilent de la place Bellecour à la place Jules-Ferry dans le quartier des Brotteaux.
Le journal télévisé régional est supprimé par décision de l’intersyndicale de l’ORTF.
29 mai
Grande manifestation CGT à Paris. Pierre Mendès-France candidat au gouvernement.
30 mai (date de la chronologie parisienne et nationale)
A 15 heures, une manifestation organisée à l’appel de l’AGEL, et à laquelle devait prendre part Jacques Sauvageot (vice-président de l'UNEF), s’achève par un meeting sur la place Lazare-Goujon à Villeurbanne. Au nom des artistes du Théâtre de la Cité, le comédien Jean Bouise demande aux manifestants de ne pas occuper le théâtre.
30 mai
De Gaulle annonce la dissolution de l’Assemblée nationale.
Grande manifestation gaulliste sur les Champs-Elysées.
31 mai
A l’appel des comités d’Action civique du Rhône, une contre-manifestation gaulliste est organisée de Bellecour aux Terreaux. Elle réunit entre 70 et 100 000 personnes. En signe de soutien, Louis Pradel apparaît au balcon de l’Hôtel de Ville.
31 mai (date de la chronologie parisienne et nationale)
Manifestations gaullistes dans toute la France.
1er juin
Une jeune syndicaliste de la CGT, Michèle Sarola, est grièvement blessée par le directeur de l’usine Scandale à la Croix-Rousse alors que ce dernier tente de forcer le passage à la porte de son établissement.
3-4 juin
Après l’annonce du report des examens universitaires en septembre, la Faculté de Droit décide de maintenir la date initialement prévue pour les étudiants en licence, en la reportant simplement de quatre jours, entre le 4 et le 8 juin. Dans la nuit du 3 au 4 juin, et jusqu’à 13 heures, la Faculté de Droit est réoccupée par les étudiants en Lettres désireux d’empêcher le bon déroulement des épreuves.
Parallèlement, vers 19 heures 30, la Faculté des Lettres est attaquée par des étudiants en Droit et des groupes d’extrême-droite. Intervention des forces de l’ordre vers 22 heures.
Dans les jours qui suivent les facultés connaissent de nombreux vols, saccages et dégradations.
6 juin
Les postiers, les cheminots et les agents d’EDF reprennent le travail, suivis le lendemain par les traminots des TCL. On compte encore 40 000 ouvriers en grève dans le secteur de la métallurgie et 10 000 dans celui de l’industrie chimique lyonnaise.
7 juin (date de la chronologie parisienne et nationale)
Les membres de l’OAS sont graciés.
10 juin (date de la chronologie parisienne et nationale)
Accrochages à Flins (Renault) entre ouvriers, CRS et étudiants. Le lycéen Gilles Tautin meurt noyé.
11 juin
La reprise du travail s’amorce doucement dans les principales usines de la région : le 11 juin à la Rhodiaceta, le 19 à Berliet, le 25 à Paris-Rhône (3 400 salariés) et à la SIGMA de Vénissieux et Villeurbanne (1 700 salariés), le 26 à la SNAV (Société Nouvelle des Ateliers de Vénissieux, 900 salariés).
11 juin (date de la chronologie parisienne et nationale)
Manifestations après la mort de Tautin. Violents affrontements aux usines Peugeot. A Montbéliard, deux ouvriers tués par balle. Fin de la grève dans les lycées.
14 juin (date de la chronologie parisienne et nationale)
Evacuation de l’Odéon.
16 juin (date de la chronologie parisienne et nationale)
Evacuation de la Sorbonne.
Mi-juin
Les examens universitaires sont dans la plupart des cas repoussés au début de l’automne : en septembre pour la licence de Droit, le 16 septembre pour les étudiants en Lettres, en septembre et octobre pour les étudiants en Sciences.
23 au 30 juin
Elections législatives et victoire gaulliste.
29 juin
Fin de l’occupation de l’école des Beaux-Arts de Lyon après intervention des forces de l’ordre.
1er juillet
La CIFTE (Compagnie industrielle des Tubes électroniques, 625 salariés), sur la route d’Heyrieux, est l’une des dernières usines du département à reprendre le travail après 42 jours de grève.
11 juillet
La Faculté des Lettres du quai Claude-Bernard est fermée après évacuation des derniers occupants.
Le musée du graffiti
Ensemble de graffiti inscrits sur les murs de la Faculté du quai Claude-Bernard, photographiés et réunis par le docteur Jacques Baur.
Bibliothèque municipale de Lyon, coll. Jacques Baur, Album photographique, Ms 7053.